Laisser pleurer un bébé pour s’endormir : ce que dit réellement la science
Pendant des décennies, on a répété aux parents que laisser pleurer un bébé l’aiderait à “apprendre à s’auto-apaiser”.
Pourtant, les connaissances actuelles en neurosciences, biologie du stress et théorie de l’attachement racontent une toute autre histoire.
Cet article n’est pas un jugement.
C’est une mise en lumière de ce que le corps et le cerveau d’un bébé vivent réellement lorsqu’il pleure sans réponse.
Le bébé ne sait pas encore s’auto-apaiser
A la naissance, le cerveau du bébé est immature.
Les structures impliquées dans la régulation émotionnelle (notamment le cortex préfrontal) ne sont pas encore fonctionnelles.
→ Cela signifie qu’un bébé ne peut pas se calmer seul !
La régulation émotionnelle est d’abord co-régulée : elle passe par le corps, la voix, l’odeur et la présence d’un adulte sécurisant.
Un bébé ne se calme pas par lui-même : il se calme avec quelqu’un.
Que se passe-t-il biologiquement quand un bébé pleure sans réponse ?
Lorsqu’un bébé pleure et que personne ne répond à son appel, son organisme active le système de stress.
Le rôle du cortisol
Le cortisol est l’hormone principale du stress.
Il est utile à court terme pour faire face à un danger, mais toxique en excès, surtout pour un cerveau en développement.
Les études montrent que :
- le cortisol augmente fortement chez les bébés laissés à pleurer
- même lorsque le bébé finit par se taire, le taux de cortisol reste élevé
→ Le silence n’est donc pas synonyme d’apaisement physiologique, ni d’apprentissage de l’endormissement.
Le corps est toujours en état d’alerte.
Se taire n’est pas se calmer : c’est parfois se couper
Quand un bébé cesse de pleurer après une période prolongée sans réponse, cela peut donner l’illusion qu’il s’est “apaisé”.
En réalité, il peut s’agir d’un effondrement du système nerveux :
- le bébé économise son énergie
- il entre dans une forme de retrait
- le stress n’est pas résolu, il est internalisé
Ce mécanisme est parfois décrit comme un mode de survie.
Le bébé ne se sent pas en sécurité.
Il cesse simplement de signaler son besoin.
Le mythe de la manipulation
Un bébé ne manipule pas !
Les capacités cognitives nécessaires à la manipulation (intention, anticipation, stratégie) n’apparaissent que bien plus tard dans le développement.
Quand un bébé pleure, il communique :
- un inconfort
- une peur
- un besoin de proximité
- une surcharge sensorielle
Pleurer est son seul langage.
Répondre aux pleurs ne crée pas de dépendance
C’est l’une des peurs les plus répandues chez les parents.
Pourtant, la recherche en attachement montre exactement l’inverse.
Les bébés dont les besoins sont répondus de manière cohérente développent :
- un attachement plus sécurisant
- une meilleure capacité de régulation émotionnelle plus tard
- davantage d’autonomie à long terme
→ La sécurité émotionnelle est le socle de l’autonomie, pas son opposé.
Un enfant devient indépendant parce qu’il s’est d’abord senti profondément en sécurité.
La co-régulation : la base du développement émotionnel
Lorsque tu réponds aux pleurs de ton bébé :
- tu aides son système nerveux à revenir à l’équilibre
- tu fais baisser son taux de cortisol
- tu lui apprends, par l’expérience, que le monde est un endroit fiable.
Peu à peu, grâce à ces expériences répétées, l’enfant intériorise cette sécurité.
C’est ainsi que naît, plus tard, la capacité d’auto-apaisement.
Ce n’est pas une question de perfection parentale
Il est important de le rappeler : répondre aux pleurs ne signifie pas être disponible 100% du temps.
Les relations sécurisantes sont faites de :
- réponses suffisantes
- réparations après les moments de déconnexion
- intention de comprendre
La parentalité n’a pas besoin d’être parfaite pour être sécurisante.
En résumé
- Un bébé ne sait pas encore s’auto-apaiser
- Pleurer sans réponse active le stress et le cortisol
- Le silence n’est pas toujours du calme
- Répondre aux pleurs construit la sécurité émotionnelle
- La sécurité est la base de l’autonomie future
Répondre à un bébé, ce n’est pas le fragiliser.
C’est lui apprendre que ses émotions ont du sens et que ses besoins comptent.
Références scientifiques :
- Gunnar, M. R., & Quevedo, K. (2007). The neurobiology of stress and development.
Annual Review of Psychology. - Middlemiss, W., Granger, D. A., Goldberg, W. A., & Nathans, L. (2012).
Asynchrony of mother–infant hypothalamic–pituitary–adrenal axis activity following extinction of infant crying responses.
Early Human Development. - Tronick, E. Z. (2007). The Neurobehavioral and Social-Emotional Development of Infants and Children.
Norton Series on Interpersonal Neurobiology. - Bowlby, J. (1969/1982). Attachment and Loss: Vol. 1. Attachment.
Basic Books.
Schore, A. N. (2012).The Science of the Art of Psychotherapy.
Norton.


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